Région Auvergne Rhône AlpesSortie dans les Monts du Forez
En cette journée de canicule, 17 adhérents venant du Rhône, de la Loire, de la Haute-Loire et du
Puy-de-Dôme ont rendez-vous à 10h30 à Cervières, village heureusement en légère altitude, dans le
Haut-Forez, canton de Noirétable.
La maison des Grenadières, musée de la broderie au fil d’or, récemment nommée : l’ORÉE, nous
attend. Ce site situé sur le département de la Loire, est spécifiquement dédié à la préservation de la
broderie d’or, un artisanat local et emblématique.
Tout commence à la fin du XIXe siècle quand Anne-Marie Chauvel, née dans la Loire, épouse
Etienne Westler à Paris dans les beaux quartiers. Elle découvre la technique de la broderie d’or et ils
décident d’en faire leur métier dans la région de Noirétable.
Les locaux de ce musée sont splendides, inaugurés il y a 1 mois. Nous apprenons les secrets de la
broderie à la cannetille. Cette activité couvre environ 150 ans et se termine en 2013.
Les brodeuses ou Grenadières travaillent sur un métier à broder composé d’un cadre et de pieds ou
tréteaux. Les Grenadières montaient ce métier en enduisant la toile de farine et d’eau, ajoutant de la
toile à matelas, de la toile à beurre, et des coupons de drap de laine à broder.
Le travail consiste à poser la cannetille, fil de cuivre très fin, enroulé en spirale serrée recouverte
d’or en fines pellicules. Le fil est torsadé. L’aiguille et le fil de fixation traversent le tissu et
déposent la section de cannetille comme une perle, sur l’endroit de l’ouvrage. Après la broderie, les
Grenadières faisaient face au contrôle qualité du facteur de fabrique. Selon sa sévérité et le prestige
du commanditaire, les écussons imparfaits pouvaient être refusés.
Pourquoi ces ouvrières se nomment elles des Grenadières ? Elles brodent certains uniformes
militaires dont le motif emblématique est la grenade. Les Grenadières brodent pour l’armée:
ornementation ponctuelle de l’habit : coin de col, patte d’épaule, manchette mais aussi pour des
compagnies d’aviation, la SNCF, les PTT.Certains costumes d’académiciens, des tricornes de préfets ont été brodés à Cervières. On murmure que le costume de Valery Giscard d’Estaing aurait
été brodé ici. Dans ce cas, les brodeuses les plus performantes sont demandées.
Pour l’aspect commercial, les maisons Parisiennes font appel à des facteurs de fabrique qui
organisent et répartissent les tâches : devis, achats des matériaux, dessin, réalisation des découpes
en carton, broderie, contrôle qualité, montage, envoi du lot et rémunération. A partir de 1950, une
convention collective est établie pour les Grenadières à domicile.
Les brodeurs Pakistanais étaient des précurseurs en matière de broderie et les Grenadières se sont
inspirées de leur technique. Malheureuseusement, à partir de 1950, l’armée Française, pour des
motifs de coût, envoie ses demandes de travaux au Pakistan et en Asie et c’est le déclin de
l’artisanat des Grenadières. A l’arrêt de la production, il ne restait plus que 16 Grenadières. En
2012, l’association des Grenadières a été créée pour sauvegarder leur savoir-faire à l’échelon local.
Avant de quitter la maison des Grenadières, nous admirons l’exposition permanente. Une salle
d’animation a été spécifiquement aménagée pour accueillir des ateliers menés par la nouvelle
génération de Grenadières.
Nous nous dirigeons ensuite au Domaine de la Plagnette, aux Salles, à quelques kilomètres, pour
déjeuner. Excellente qualité du repas dans d’anciens bâtiments de ferme restaurés, proches d’un
magnifique étang.
Par une forte chaleur, nous allons ensuite à Thiers pour la visite du musée de la coutellerie. Ce
musée est situé dans le quartier historique de la ville au milieu des maisons à pan de bois.
Il retrace l’histoire sociale et économique de la coutellerie à Thiers depuis son installation sous
forme artisanale jusqu’au début de son industrialisation. Il met à l’honneur ces travailleurs aux
multiples savoir-faire évoluant dans des conditions particulièrement difficiles.
La coutellerie à Thiers trouve son origine au XIIIe siècle. Cette histoire se découvre sur 2 sites :
Dans le 1er batiment : le guide nous explique qu’au XVIe siècle, il y avait 170 couteliers. Une
corporation de couteliers a été mise en place. Pour en faire partie, il fallait être de Thiers et avoir
validé 5 années d’apprentissage. Une Jurande a été créée, administration de maîtres visiteurs pour
faire respecter les règles de fabrication. Elle impose le partage du travail et son organisation. Elle
est composée de 8 jurés et sera supprimée après la Révolution.
La présence de la rivière locale, la Durolle est prédominante de même qu’une main d’oeuvre
abondante. Mis à part le bois utilisé localement, tous les matériaux étaient importés : le charbon de
Saint-Eloy-les-mines et de Brassac-les-mines, le fer et les aciers du Nivernais et du Dauphiné.
Le guide, passionnant, nous explique les différentes étapes de fabrication :
1 : le Forgeron qui transforme le crampon d’acier en ébauche de lame.
2 : l’Emouleur : l’ébauche de lame prend sa forme définitive. Elle est mise au tranchant.
3 : le Façonneur : la corne, l’ivoire, le bois, l’os sont modelés à la forme choisie pour devenir
manche de couteau.
4 : le Monteur « fermants » : 1 lame, 1 ressort, 2 platines, 2 cotes, des clous pour obtenir à
minimum le « fermant » le plus simple.
Pour la commercialisation :
avant la Révolution, les marchands étaient de bourgeois. Ils assuraient la vente grâce à leurs réseaux
(50 % à l’étranger). Après la Révolution : les maitres fabriquants assurent eux-même la vente avec
des colporteurs qui transportent des valises : les marmottes, avec des catalogues de 1e gamme. Les
catalogues haut de gamme se retrouvent dans des boutiques.
Nous admirons un magnifique tableau évoquant le travail dans une forge. Nous découvrons que
femmes et enfants y travaillaient. La température était proche de 60°.
En 1883, création du 1er syndicat avec les émouleurs et en 1900, existaient 11 syndicats.
Nous nous dirigeons ensuite vers le 2e
espace du musée : l’Atelier.
Le guide nous fait une démonstration du travail de l’émouleur allongé. Pourquoi allongé ? Pour être
au-dessus de la meule, cette position étant plus efficace. L’émouleur restait dans cette position
allongée 10 à 12 heures par jour, déclenchant de multiples problèmes de santé : articulations,
poumons etc.….Il est au début de la fabrication et utilise un manche provisoire : le baton. La lame
n’est pas encore tranchante et c’est la polisseuse ( c’est le plus souvent 1 femme, l’épouse) qui polit
la lame, elle travaille assise, souvent jusqu’à 7 mois de grossesse…..Le poli est brillant ou mat.
C’est ensuite la finition. Les couteaux sont montés avec ou sans sécurité, la sécurité étant assurée
avec un ressort et un cran d’arrêt. Il fallait 10 à 12 heures pour finir un couteau.
Nous terminons la visite par l’exposition permanente.
Cette journée a enchanté les participants grâce à 2 superbes visites et un déjeuner apprécié dans
l’amitié.
En se quittant, de nombreux participants se sont donnés rendez-vous pour le voyage en Nivernais
prévu la semaine suivante et la randonnée mi-juin.
Lucien Gauché
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